Histoires & Condiments

Blog de Walther Gallay

Feu! Chatterton : « nous voulons enterrer le poète pour mieux le ressusciter »

Feu ! Chatterton, Solidays, 27 juin 2015 – Sandrine Ferrand

Incarnant un des plus sûrs espoirs d’une chanson française qui sait prendre des risques à mi-chemin du rock, le quintette Feu! Chatterton débute ces jours ci une copieuse tournée. Avec des dates le 19 octobre 2015 au Trianon ou le 24 octobre 2015 près de Vannes à Saint-Avé. Le groupe s’apprête à sortir son premier véritable album. Entretien avec Clément Doumic, leur guitariste et clavier qui dévoile l’alchimie Feu! Chatterton.

Concertlive : Expliquez nous le sens de votre résidence à la Flèche d’Or à Paris ?

Clément Doumic : Il s’agissait d’une journée d’essai afin de faire démarrer la tournée. Nous allons ensuite repartir en résidence pour quatre jours à Antibes, tout début octobre. C’est d’ailleurs à Antibes que nous donnerons la première date de notre tournée.

Concertlive : Parlez nous de votre premier album « Ici le jour (a tout enseveli) ». Sur ce disque, avez vous invités d’autres artistes, des auteurs-compositeurs ? 

CD : L’album sortira le 16 octobre 2015. Nous avons commencé à l’enregistrer en mars, cela nous a pris 5 mois. La pochette est terminée. Ce sont nos chansons qui figurent sur cet album. Certaines datent d’il y a quatre ans, d’autres ont été écrites au dernier moment. Il y a une section de cuivres sur le premier titre, « Ophélie » ainsi que sur « Harlem ». Sur le single « Boeing », il y a aussi des chanteuses.

Les musiciens de cet album, c’est à 95 % nous. Nous sommes déjà cinq (NDLR : Antoine Wilson à la basse et au synthé, Clément Doumic à la guitare et aux claviers Arthur Teboul au chant, Sébastien Wolf à la guitare et aux claviers, Raphaël de Pressigny à la batterie), les invités finalement, c’est nous. Mais nous accueillons quand même, c’est vrai, un hôte de marque sur ce disque.

Il s’agit de notre réalisateur Samy Osta, celui qui enregistre, qui est derrière les consoles. Il avait déjà signé nos deux premiers EP, nous l’avions remarqué pour son travail sur le son de La Femme. Nous cherchions à l’époque de notre premier disque ce grain particulier, nous voulions sortir du côté très lisse de la variété.

Concertlive : Votre rock très écrit, très littéraire est-il totalement compatible avec l’urgence et l’immédiateté physique de la scène et des concerts ?

CD : Mais complètement. C’est non seulement compatible mais aussi indissociable. C’est l’essence du groupe. Nos textes, que nous écrivons nous même, sont certes riches. Mais nous en réalisons vraiment le prolongement sur scène. Et puis, la plupart des titres ont été enregistrés dans des conditions « live », si je peux m’exprimer ainsi. Nous jouons tous ensemble dans le même studio.

Il y a une assise basse batterie très rock. Nous ne faisons jamais d’enregistrement piste par piste en ce qui concerne le squelette des morceaux. Le meilleur exemple est celui de « Bic Medium », une chanson de quinze minutes qui a été entièrement jouée en live. Nous sommes allés jusqu’à en enregistrer 30 prises pour au final n’en garder qu’une.

Concertlive : Si on vous dit que votre musique pourrait être décrite comme un croisement entre Fauve ≠ et l’album « Chatterton » d’Alain Bashung, cela vous convient-il ? 

CD : Pourquoi pas ? Toutes les interprétations et tous les qualificatifs sont possibles. Fauve a le mérite d’une musique physique, directe et animale. Leur son est lié à celui d’une certaine scène française qui a beaucoup marqué. Quant à Alain Bashung, c’est évidemment une influence. Tout comme Serge Gainsbourg.

Concertlive : À ce sujet, que vous évoque la récente disparition de Guy Béart ?

CD : Si j’avais été moins jeune lorsque Serge Gainsbourg est mort, cela m’aurait peut être touché d’une manière ou d’une autre. Mais non, Guy Béart, ce n’est pas vraiment une référence pour moi. Même si, qu’on le veuille ou non, il reste un monument de la chanson française.

Concertlive : Même si je sais que le nom de votre groupe fait référence à « La Mort de Chatterton », le tableau du peintre britannique Henry Wallis, le terme Feu peut il aussi évoquer un désir latent chez vous de vous émanciper tôt ou tard du rock lettré à la Bashung ? 

CD : Je n’y avais pas pensé. Notre optique, c’est d’enterrer le poète pour mieux le ressusciter. Il faut rappeler que Chatterton est aussi une chanson de Gainsbourg qui fut reprise en portugais par Seu Jorge. Notre idée n’est pas d’exploser les formats mais plutôt d’aller au plus loin de ce que nous sommes, de ce que nous pouvons faire à partir de notre identité musicale. Comme sur le titre « Bic Medium ». Il ne faut pas oublier qu’on s’est aussi nourri de rock progressif à la Pink Floyd et de musique électronique façon Warp.

Source : Concerts Live – Itw de NICOLAS MOLLÉ

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