Qui est Roger Casement, diplomate anticolonialiste et l’un des premiers activistes modernes

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Si Roger Casement vivait à Dublin aujourd’hui, il habiterait un loft àSmithfield, ferait ses courses chez Indigo & Cloth et à la Dublin Food Co-op et aurait même le droit de se marier.

Seulement voilà, Casement est mort il y a 100 ans cette année n’a pas eu l’occasion de voir sa ville natale devenir capitale de l’Irlande indépendante. Et chers frangins, les commémorations officielles qui en font aujourd’hui un héros de la révolution irlandaise ne sont pas la seule raison qui en font un personnage toujours d’actualité pour nous autres dudes cultivés et citoyens. Jugez plutôt :

1. Casement a inventé la défense des droits de l’Homme

Les rapports d’Amnesty International sur les tortures et les arrestations arbitraires de toutes les dictatures, les interventions de Human Rights Watch dans les médias contre les crimes de guerre en tous genres, les grandes conventions internationales sur les droits de l’Homme ont tous un point de départ commun : la dénonciation de l’exploitation coloniale du Congo belge, puis de l’Amazonie péruvienne, sous la plume de Roger.

Ce Dublinois devenu diplomate britannique, effaré par la violence et l’esclavagisme des Belges envoyés par le roi Léopold pour extraire un maximum d’ivoire du cœur de l’Afrique à la fin du 19e siècle, avait décidé d’agir. Allié à Edmund Morel, employé d’une entreprise de transport de Liverpool qui a constaté les mêmes dérives dans la compta du commerce entre l’Europe et le Congo, ils lancent une campagne modèle : publication de journaux, lobbying diplomatique, levée de fonds, conférences internationales – il ne manque que les réseaux sociaux.

Au bout de 10 ans d’efforts, ils obtiennent la dissolution de l’État libre du Congo, propriété personnelle du roi des Belges qui organisait l’exploitation du territoire. Comme si cela n’était pas assez, Casement se lance quelques années plus tard dans la dénonciation des abus dans une autre jungle tropicale : celle du Pérou, où les producteurs de caoutchouc exterminent les indigènes. Nouveau succès.

Inévitablement, Roger finit par réaliser que la colonisation de son Irlande natale par les Britanniques ne vaut pas beaucoup mieux. Lui qui a servi la couronne pendant toute sa carrière rejoint les rangs de l’insurrection de 1916 et organise une livraison d’armes depuis l’Allemagne… Pour se faire cueillir par les Anglais dès le débarquement sur une plage du Kerry il y a tout juste 100 ans.

2. Malgré lui, c’était un militant de la cause gay

Une fois Roger arrêté, il faut à la couronne une bonne raison de se débarrasser d’un homme anobli par le roi et ultra populaire pour ses exploits au Congo et au Pérou,.

La déchéance viendra de ses carnets intimes, publiés pour le discréditer. On y découvre une flopée d’aventures homosexuelles, dont on ne saura jamais combien étaient réelles, fantasmées ou ajoutées par l’accusation pour noircir le tableau.

Devenu publiquement indéfendable dans le climat de l’époque, il est pendu pour trahison en août 1916. Avec Oscar Wilde, il fait partie des martyrs homosexuels qui illustreront la discrimination contre cette communauté pour les décennies à venir.

3. C’était un roi du style

La barbe impeccable, la moustache sculptée, les costards choisis associés à des cravates légèrement desserrées pour un look « matez comme je suis à l’aise » : je vous mets au défi de trouver une photo de Roger qui aurait l’air démodée aujourd’hui.

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Et son goût du style ne s’arrête pas à l’apparence physique. Poète a ses heures, Casement a aussi convaincu l’opinion publique internationale par la qualité de sa plume, toute en retenue et en minimalisme, qui laisse au lecteur le soin de s’indigner face à la brutalité des faits qu’il décrit.

4. Mario Vargas Llosa lui a consacré un super bouquin

Qui pouvait mieux raconter l’histoire de Roger qu’un prix Nobel de littérature péruvien ? Mario Vargas Llosa l’a fait en 2010 avec Le rêve du Celte, une biographie romancée qui se lit d’un trait.
La campagne de Casement et Morel est également superbement dessinée dans Africa Dreams, la BD de Maryse et Jean-François Charles et Frédéric Bihel sur l’histoire du Congo belge.

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Dans l’épilogue du rêve du Celte, Vargas Llosa écrit : « L’histoire de Roger Casement s’élève, retombe, puis renaît après sa mort comme ces feux d’artifices qui, après s’être envolés et avoir explosé dans la nuit en une pluie d’étoiles et de tonnerre, s’estompent, immobiles, et ressuscitent quelques instants plus tard dans une fanfare de trompettes qui illuminent le ciel de leurs feux. »

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