A nos étoiles, rencontre avec Bertrand Cantat (Condor « live » de C.Ferey par B.Cantat)

 

J’avais déjà pu apprécier le projet sophocléen « Choeurs » en album, n’ayant jamais eu la chance de rejoindre le théâtre de Namur où Bertrand Cantat donnait plusieurs représentations en Mai 2014 et j’avoue être assez fan des talents d’adaptation et d’orateur du chanteur de Détroit qui là aussi, vous le savez, exhibe un homme nouveau, jamais pressé, prenant le temps de vivre la scène à plein poumons, les yeux rivés dans le talent et partageant tout avec son public. Cette énergie.

Le 25 Septembre dernier, j’avais mon billet pour la représentation de Condor « live », adaptation du polar de l’auteur émérite français Caryl Ferey. Ce dimanche je l’attendais avec impatience et le destin a voulu me filer un coup de main, ma bonne étoile va savoir, les copains aussi. 17 heures, je suis avec mon pote Sylvain,on s’apprête à rejoindre le théatre manosquin Jean Le Bleu où le spectacle est annoncé pour 18 heures quand fît irruption dans mon salon le tenancier du Kfe Quoi Bruno Lévi.

« Walth ! Bertrand a oublié son harmonica à Pau hier et là il est dans le jus, tu peux lui en prêter un ? Je te file le numéro de Maya (une amie commune) qui est déjà sur place ». Tu penses bien que ni une ni deux, je prends ma ceinture d’harmonicas, ne sachant quelle tonalité il devait avoir, dans le doute, j’ai donc tout prit et nous voilà partis à Manosque.

Arrivés sur place, énormément de gens sont déjà devant, un public représentant tous les âges, 700 personnes, 699 exactement, à une entrée près, c’était blindé 😉

Une sécu assez conséquente est à l’entrée. J’aperçois Maya et discute avec, arrive Stéphane Gondrand, régisseur du théâtre et ami depuis quelques années, il avait officié au son avec Café Bertrand. Bertrand n’est pas revenu de son hôtel m’informe-t-on et je donne donc ma ceinture d’harmonicas à Stephane qui va lui poser en loges. Sur le moment, je me suis dit que j’allais pas pouvoir le voir, ils allaient pas me la faire à l’envers quand même et puis, j’avais amené quelques vynils (très) collectors de Noir Désir (test-press 30 cm, 10 exemplaires en France, maxi 45t le vent nous portera avec moryin moryin en face B pour les connaisseurs, et un 45t promo de 89 avec les dates de la tournée dessus) et Détroit (album vynil des acoustiques), Choeurs, bref, de la pièce j’te dis !

Alors c’est tout cash que je dis à Stéphane de prévenir Bertrand que c’est moi qui ai amené ses putains d’harmonicas, il me connait, il connait mon groupe, on a quand même ouvert plusieurs fois pour Noir Désir à l’époque. Le tout accompagné d’un regard qui ne pouvait qu’appuyer la requête, il me promit de tout faire pour que je puisse le voir backstage, les visites en loges étant à la base interdites sur ce concert.

La salle est pleine, mon pote Sylvain est entré dès le départ nous réserver 5 places au deuxième rang. Mon ami et bassiste Alain Perusini arrive, accompagné de sa douce Sonia et une amie, Sandrine, qui nous accompagne également. On s’installe, je trépigne d’impatience. Je suis placé on ne peut mieux, au 1er siège de la 2eme rangée, je suis à trois mètres j’te dis !

Une silhouette arrive sur scène et le public acclame mais c’est l’auteur Caryl Ferey qui arrive « désolé pour vous, ce n’est pas Bertrand Cantat mais l’auteur de Condor »

La salle ressert une salve d’applaudissements nourris. Un humour évident, une simplicité flagrante, un talent indéniable, les 10 minutes passées à écouter cet auteur passèrent trop vite. Quelques explications sur le polar, le Chili, le colosse aux mains cassées, Condor, Ah oui, les remerciements en direct par l’auteur pour « le musicien qui est venu à l’arrache pour dépanner Bertrand d’un harmonica ». « Il est là!!! » hurlent de concert Sonia et Sandrine, on est repérés direct.

L’auteur se retire et la scène noire à peine éclairée de quelques lumières bleues accueille le trio Cantat, Sens à la guitare et Manusound aux machines et à la basse sur un titre ou deux.

e

Le chanteur est un orateur. Une arrivée calme même si très applaudie, pas un mot, il s’assoit, une grande respiration, le spectacle commence.

Alors je ne vais aucunement décrire les chapitres déclamés et jetés à terre à chaque page par un Cantat grandiose, par ses musiciens magnifiques, des climats qui rappellent ces ambiances envoyées par Tessot-Gay à l’époque de Noir Désir parfois. Un archet de violon, une finesse dans le jeu et dans le choix du son, ce Monsieur Sens était au top ! Manusound aux machines assène des mouvements secs et rythmés à une souris qui n’avait rien demandé mais qui est quand même allé chercher des sons se mariant parfaitement avec ceux du guitariste, pari réussi, le climat était magique, enivrant, Cantat a encore été surprenant et le public ne s’y est pas trompé. À vous de le découvrir en live ce Condor, d’apprécier l’envergure de ses ailes déployées, à vous de le voir ce phœnix.

c

Standing ovation après 1h00 et des brouettes de show. Le sourire s’imprime sur le visage du chanteur qui salue avec ses musiciens rejoints par l’auteur, tout un théâtre n’arrêtant pas d’applaudir.

La salle se vide petit à petit et nous sommes dans les derniers à sortir et je vois Stéphane Gondrand qui me dit « je viens te chercher dans quelques minutes ». Mon pote, notre amie et sa fille venue rejoindre sa darone en profitent, on passe derrière 5 minutes plus tard, et nous voilà dans le couloir des loges. Bertrand apparait.

 

-« salut Bertrand ! »

 

-« ah mais c’est toi qui a amené les harmos ?! Entrez je vous en prie ». Ouf, il a reconnu ma gueule, ma grande peur est toujours de passer pour un fan de base, trop envahissant mais qu’on doit quand même recevoir parce que. De plus, je n’amène jamais de disques à signer, je ne l’ai même pas fait en ouvrant 40 fois pour Deep Purple, mais là..

 

Un Bertrand toujours imposant de talent et de carcasse, un jour, un mec avait écrit de moi « un auteur à l’âme d’enfant étonné » et ben je trouve que cette phrase lui convient encore mieux. On a pu parler littérature et musique avec le temps nécessaire pour parler bien des choses. Mes amis mitraillaient discrètement, « avoir des photos avec nos deux chanteurs préférés c’est pas tous les jours ! » me diront-ils sur la route du retour.

f

J’ai pu lui faire signer les vynils amenés sur place dans mon pitoyable sac plastique noir auchan et j’étais ravi de le voir étonné cet enfant, à me dire « putain mais même moi je les ai pas ceux-là, comment t’as pu trouver ça ??». J’ai immédiatement pensé à mon grand ami et producteur Michel Mage qui a pu m’avoir ce test-press de 66666667 club, ce 45 tours promo rouge, etc. « Bertrand, j’ai TOUT de Noir Désir, y compris le moindre article de presse depuis 87 donc tu penses bien que les albums, même introuvables, je les trouve ». Rires.

Après une belle discussion où lui-même répondit au régisseur du théâtre « non le café bertrand c’était le bar de flore à paris avant, le nom de leur groupe vient de là » , j’ai halluciné.

d

Il prit en mains les deux albums de Café Bertrand « les airs empruntés » et « les mains dans l’encre » , en attendant l’arrivée du petit dernier « QU4TRE » (en cours aujourd’hui) et puis mon album solo « Stigmates »en me jurant de les écouter, tu penses bien que CafB en 1ere partie de Détroit ça pourrait le faire terrible ! » et ça mettrait fin à « ils ont la même voix », que dalle, et j’espère donc qu’on pourra le démontrer un jour en live. Qui vivra verra. Ça c’est fait !

a

Le seul bémol à cette histoire est que Alain et Sonia qui étaient déjà partis au bar ont raté le coche sinon ils rentraient avec moi.. Ce n’est peut-être que partie remise !

En sortant, j’ai aussi acheté le bouquin de Caryl Ferey bien sûr, dédicacé par l’auteur « pour l’homme qui sauva l’homme qui… » , ainsi que « De Noir Désir à Bertrand Cantat » de Pierre Mikaelof , un ex Désaxés , écrivain et biographe, à lire absolument aussi.

Il est rare que j’écrive des billets comme celui-ci mais comme j’ai dit un jour à Paris à Bertrand alors qu’on se croisait après un concert à l’espace Jemmapes en 2011, si j’ai fait du rock En français c’est à cause de deux gars, lui et Hubert Félix Thiefaine. Chacun sa légende, la mienne était là à côté de chez moi et le destin a voulu que cette rencontre se fasse. Je me rappelle être allé me pieuter comme un môme de 12 ans, des étoiles plein les yeux. À nos étoiles.

 

Walther Gallay

 

Jim Morrison: le King Lezard était une bête de scène

Bête de sexe, bête de scène, jusqu’à devenir bête de foire… Sans l’aura animale de Jim Morrison, les Doors n’auraient sans doute jamais percé. A retrouver sur notre hors-série “Jim Morrison et les Doors, au-delà de la légende”

D’Iggy Pop à Patti Smith, de Ian Curtis à Bono, tous ont été impressionnés par ses performances scéniques. Et pour cause : dès les premiers live des Doors, en 1966, Morrison veut en faire des cérémonies. Il susurre, hurle, ferme les yeux, titube, s’écroule par terre, bondit dans tous les sens. Laissant libre cours à son impulsivité, il maîtrise cependant aussi son jeu de scène.

“Jim, le visage collé au micro qu’il tenait amoureusement de la main gauche, se couvrait l’oreille de la droite. Il avait la jambe droite en avant, le genou plié, le pied tenant le support du micro, la jambe gauche plantée au sol (…). Même les danseuses aux seins nus qui avaient vu n’importe qui faire n’importe quoi restaient assises, en transe”, témoignent Jerry Hopkins et Danny Sugerman dans Personne ne sortira d’ici vivant (1), parlant des concerts du Whisky a Go-Go.

Un chamane hypnotique

Tuniques indiennes, pantalons en cuir et cheveux longs : tel un Sioux, Morrison tourne en rond autour d’un feu imaginaire. Persuadé d’avoir en lui l’âme d’un Indien mort depuis ses 4 ans, Morrison se réinvente en Roi Lézard, auréolé de la richesse sonore de titres franchement expérimentaux comme The End ou Not to Touch the Earth. C’est lui qui, en se jetant dans le public et en se laissant porter par lui, initie le stage diving.

“Morrison, tel un chamane, embarque les gens dans un voyage mystique, à destination d’un sombre royaume psychique”, confiait Ray Manzarek à l’époque du premier album des Doors. “Lors des chansons, la foule était silencieuse car la voix de Jim avait un effet hypnotique qui la captivait”, se souvient le photographe Henry Diltz dans son livre Jim Morrison & the Doors (2). Cependant, cette capacité n’est pas innée. Lorsqu’il étudie la sociologie à la fac, Morrison est fasciné par les théories exposées dans Psychologie des foules (3) de Gustave Le Bon : “Je sais regarder une foule (…). Nous pouvons la soigner. Nous pouvons lui faire l’amour. Nous pouvons la changer en émeute”, confiait-il alors à ses camarades médusés, selon Sugerman et Hopkins.

En témoigne l’un des plus légendaires concerts des Doors, celui du Madison Square Garden en janvier 1969, où, comme l’explique Jean-Yves Reuzeau (4) en 2012, “le chanteur désigne une partie des spectateurs comme étant une force de vie, l’autre comme une force de mort, précisant qu’il se place entre les deux”.

Un air de tyran

“J’avais rencontré un Jim réservé, toujours souriant, sans force visible particulière, confie plus tard son amie Eva Gardoni Hormel à Frank Lisciandro dans Un festin entre amis (5). Puis je l’ai vu sur scène chanterLight My Fire et tous ses morceaux, et l’ascendant qu’il avait sur la foule était ahurissant. Je me souviens qu’il donnait des ordres à des milliers et des milliers de personnes. Elles se ruaient vers la scène, et il fouettait l’air avec son micro, comme un dompteur en leur criant : ‘Taisez-vous ! Assis !’Et tout le monde regagnait son siège, comme des toutous.”

Son agressivité latente et son tempérament de dominateur (y compris au sein de son propre groupe, qui ne pipe jamais mot durant les performances des Doors) le transforme, dès qu’il monte sur scène, en un tyran rockeur. Animé par une haine féroce envers l’establishment, Morrison chante des hymnes à la révolution comme Five to One, se glisse dans la peau d’un soldat du Vietnam avec The Unknown Soldier où, sur scène, il mime sa propre exécution. Ainsi, il répond violemment aux attentes d’une jeunesse qui refuse de servir de chair à canon.

“C’était une époque agitée, pleine de changements politiques, expliquait le modiste January Jansen, un ami de Morrison, à Lisciandro. Il se voyait parfois comme catalyseur de tout ça. Et après, il retournait la chose et se disait que c’était eux, les jeunes, qui étaient les catalyseurs, que c’était le public qui le poussait dans de nouvelles directions.”

En visionnant les rushes du documentaire des Doors Feast of Friends,Morrison va jusqu’à dire qu’il est dépossédé par son auditoire :

“J’ai soudain réalisé que je n’étais qu’une marionnette manipulée par toutes sortes de forces dont je n’avais qu’une vague notion”,déclare-t-il à Life en 1968.

Sensualité féline

Le nouveau sex-symbol depuis Elvis : c’est ce que clament tous les journaux en 1967, ravis de cet ange exterminateur venu faire hurler les filles et impressionner les garçons. “Nos concerts sont de la politique sexuelle, évoquant la symbiose sensuelle entre le groupe et son public de boule de feu”, prévient Morrison dans les premiers textes promotionnels des Doors. “Je n’ai jamais vu une sexualité aussi flagrante sur scène”,affirmait en 2002 Pamela Des Barres, qui en a pourtant vu d’autres.

Contrairement à un Mick Jagger tout en suggestion, Morrison exhibe une sexualité débridée, doublée d’une certaine sophistication gestuelle. A la fois sombre et lascif, il reproduit les postures savamment étudiées de la Marlene Dietrich de Sternberg. Morrison tire parti de sa beauté aussi bien sur scène qu’en ville. Ce que souligne la femme du manager des Doors, Sherry Siddons, avec Lisciandro : “Sa façon de marcher était incomparable (…). Il avait une élasticité naturelle, cette façon de garder les yeux mi-clos. Une dégaine méridionale, un glissement un peu félin.”

L’icône des sixties parisiennes Zouzou est plus directe lors d’une interview donnée à Rolling Stone en 2014 : pour elle, Jim était “une vraie beauté sur scène. Un chat.” Qui devient un matou irascible…

Le Roi Lézard n’est plus

C’est avec The End que Morrison débute une longue série de provocations. En 1966 (et encore aujourd’hui), il n’est pas de bon ton de hurler dans son micro que l’on va tuer papa et baiser maman. Par la suite, il truffe ses interventions de remarques graveleuses, de gestuelles plus qu’équivoques et insulte plusieurs fois des policiers. Pas très malin face à un public au bord de l’émeute, échaudé après des heures d’attente… Ses retards, ses hurlements d’ivrogne et ses chutes impromptues font, bientôt, partie du rock’n’roll circus des Doors.

On ne va plus le voir pour son allure gracieuse, désormais effacée derrière des kilos alcoolisés, mais pour assister à un dérapage. Lors du tristement célèbre concert de Miami, le 1er mars 1969, Morrison lance d’ailleurs à la foule :

“Vous n’êtes pas venus simplement écouter de la musique, non ? (…) Vous êtes venus au cirque !”

Il dira plus tard que tous, du public aux journalistes en passant par les autorités, veulent le voir mourir sur scène. Le 12 décembre 1970, lors du dernier concert des Doors avec Morrison à La Nouvelle-Orléans, celui-ci s’écroule au bout de quatre titres sur la batterie de Densmore.

When the Music’s Over…

Si, en juillet 1970, la sortie d’Absolutely Live (nourri de plusieurs enregistrements de concerts, dont l’impressionnant The Celebration of the Lizard du 21 juillet 1969 à l’Aquarius Theatre d’Hollywood) démontre toute l’alchimie scénique des Doors, le Roi Lézard est devenu Jimbo, une “parodie de lui-même” selon les termes de la revue Post-Intelligencer – laissant son charisme au fond des bouteilles de whisky.

 

par pour les inrocks

David Bowie: un album posthume et une comédie musicale

Les hommages au Thin White Duke se multiplient mais ne se ressemblent pas…

Morceaux inédits, films-hommages, enregistrements inaboutis dévoilés… Les sorties post-mortem d’artistes sont devenues avec le temps monnaie courant. De Kurt Cobain à John Lennon en passant par Amy Winehouse, les hommages posthumes se sont multipliés, qu’ils soient légaux ou non (on se rappelle des différends entre le père d’Amy Winehouse et Asif Kapadia, réalisateur du documentaire sur la vie de la chanteuse. Le premier désapprouvait totalement ladite oeuvre du second, la jugeant fallacieuse).

Aujourd’hui, c’est au tour de Bowie de connaître le même sort : quelques mois après la mort de l’icône glam-rock, on apprend la sortie d’un album posthume, mais également l’arrivée en Europe d’une comédie musicale. Explications.

Une comédie musicale à Londres à la rentrée prochaine

Ayant rencontré un franc succès à New York, la comédie musicaleLazarus (du nom de l’un des derniers singles du chanteur) s’exportera dès le mois d’octobre prochain à Londres. Inspirée de L’homme qui venait d’ailleursfilm dont le chanteur était déjà le héros en 1976, et agrémentée par les chansons de Bowie, la pièce s’est jouée quasiment à guichets fermés à chacune de ses représentations américaines. Avec en prime Michael C. Hall (Dexter, Six Feet Under) dans le rôle principal, on est presque sûrs que Lazarus connaîtra le même sort en Angleterre, et l’on espère grandement une exportation en France par la suite.

The Gouster, l’album-posthume surprise

Dans ce genre de situation, il y a souvent deux écoles qui divergent fort sur la question. Les uns se réjouiront d’entendre les créations de leur feu artiste favori, tandis que les autres se révolteront d’une telle sortie, criant au non-respect de l’artiste et accusant ses proches ou son entourage musical d’un business peu scrupuleux.

Du côté de David Bowie, c’est son label Parlophone qui a annoncé la nouvelle via Facebook, promettant un nouvel album comportant pas moins de sept titres inédits. Accompagné de photos, elles aussi inédites bien sûr, de l’artiste prises lors de sessions d’enregistrement dans les années 70, The Gouster sera notamment introduit par une toute nouvelle version du titre John, I’m Only Dancing, tube phare du chanteur sorti en 1972.

S’il est clair que David Bowie avait visiblement tiré lui-même sa révérence avec Blackstar en janvier dernier (il y racontait notamment dansLazarus“Look up here, I’m in heaven” (“Regarde en haut, je suis au paradis”), se sachant condamné par un dévastateur cancer), ce genre de réédition quelle que soit ses motivations fait perdurer le mythe du chanteur aux mille visages, et complète une collection d’œuvres magistrale.

 

source Ana Benabs – les inrocks

Rebel Rebel (D.Bowie) repris par 1000 musiciens (rockin 1000 collectif)

Plus de 1000 musiciens se sont réunis dans un stade de Cesena en Italie pour reprendre le titre emblématique Rebel, Rebel de David Bowie. Quand mille guitares s’unissent pour jouer Bowie !

Rockin’ 1000, qui a organisé l’événement, s’était déjà illustré en reprenant – en version XXL encore –Learn to fly, des Foo Fighters. Impressionnant.

 

Source : Les inrocks (2.08.16)

Les Stones s’exhibent à Londres #exhibitionism

Les Stones s’exhibent à Londres #exhibitionism

 

Des plombes que j’attendais ça. Après avoir pu apprécier les mythiques Rolling Stones au festival Classic Wechter en 2014, ayant raté de peu Hyde Park l’année précédente, je me devais d’être à la fameuse exposition des pierres qui roulent Exhibitionism ,

C’est à la belle et fastueuse galerie Saatchi de Londres que je me suis donc rendu, pour l’instant, seul lieu de rendez-vous pour les aficionados en manque de pièces rares. On a tout vu, tout lu, tout entendu sur les Stones, non, pas tout.

Une visite presque guidée et très bien pensée où j’ai pu à loisir me délecter des surprises réservées par le groupe, la toute première étant un panneau mentionnant  » nous faisons confiance à nos fans pour ne pas toucher et abîmer le matériel présenté, aucun cordon de sécurité n’ été installé pour vous permettre d’apprécier les choses sous tous les angles », en fait, la phrase était plus courte et concise mais la signification était bien celle-ci. On a pu donc frôler les nombreuses guitares présentées, Ron Wood et Richards ayant contribué à cette expo en donnant toutes leurs plus belles et rares guitares, un régal pour les connaisseurs ! De plus chaque article exposé était accompagné d’un court texte, toujours bien pensé, avec cette touche d’humour anglais que j’aime tant, rien de fastidieux donc, on était loin des expos intellos, it’s only rock and roll and i like it !

Pour faire court, plusieurs salles, appareils photos interdits…(mais comment résister ? pas pu), des concepts géniaux, une 1ère salle avec une 50 ène d’écrans, tous de tailles différentes et plus ou moins imbriqués les uns dans les autres, on parcourait en musique et en image, 50 de vie avec les Stones, pas moins. Alors, voici quelques clichés, résolument de petites tailles mais suffisants pour vous faire une idée , petit diaporama ci-dessous ^^

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

Cette mise en bouche amène ensuite à la reproduction parfaite du studio d’enregistrement Chess dans lequel ils enregistrèrent en 1964, une magnifique table de mixage était extérieure au studio vitré, du matos vintage rare et beau, encore une fois à portée de main, on y était. Puis vint l’immense salle avec moult costumes arborés par Jagger et les autres membres du groupe, une bonne 50 ène de pièces aussi, un chiffre qui leur va bien aux Stones, que de souvenirs en revoyant tout celà, en passant aussi par des salles toutes plus magiques les unes que les autres, le cinéma 3D qui nous offrait un titre live extrait de Hyde Park 2013, on y était aussi, quasi sur scène avec le band, magique.

Cela fait longtemps qu’on y pense, qu’on met des choses de côté en se disant que ça serait bien que les gens les voient. C’est une certaine façon de regarder notre carrière et je pense que c’est le bon moment pour le faire. On a assez de choses à montrer, on en a même trop en fait”, raconte Mick Jagger.

Les vestes à paillettes de Mick Jagger, les bandanas de Keith Richard… le style vestimentaire des Rolling Stones sera décrypté à la prestigieuse galerie Saatchi.

Toutes les pièces, les instruments, les choses qui sont passées entre nos mains sont très intéressantes, selon moi, mais la moitié ont été volées”, explique Keith Richards.

Une salle avec les grattes, une autre avec des portaits inédits de Jagger notamment par A.Wahrol, oeuvres numérotées et co-signées par les deux artistes, expo des pochettes de disques et affiches stonienes, reproduction à l’identique de l’appart que le jeune groupe avait squatté à leurs débuts, un joyeux bordel qui poussait le détail jusqu’au sublime.

Trop de choses à raconter,il m’en faudrait des pages, le but est juste de vous donner l’envie de vous rendre à cette expo qui fût à mon sens , encore plus réussie que celle de feu David Bowie. Les derniers dinosaures s’exposent, l’entrée est à 24 Livres, comptez 1h30 à 2h max pour tout visiter en prenant le temps de lire les notes de Jagger, prémices de tubes que nous chantons encore et qui ont fait le rock and roll so british des Rolling Stones.

Please let me introduce myself, i’m a man of taste 😉 !

http://fr.euronews.com/embed/309526/;

“Exhibitionism” aura lieu d’avril à septembre 2016 à Londres, Galerie Saatchi .

Plus d’infos sur le site officiel de l’exposition:
http://www.stonesexhibitionism.com/

Walther Gallay

Qui est Roger Casement, diplomate anticolonialiste et l’un des premiers activistes modernes

roger_casement_en_el_putumayo-660x433

Si Roger Casement vivait à Dublin aujourd’hui, il habiterait un loft àSmithfield, ferait ses courses chez Indigo & Cloth et à la Dublin Food Co-op et aurait même le droit de se marier.

Seulement voilà, Casement est mort il y a 100 ans cette année n’a pas eu l’occasion de voir sa ville natale devenir capitale de l’Irlande indépendante. Et chers frangins, les commémorations officielles qui en font aujourd’hui un héros de la révolution irlandaise ne sont pas la seule raison qui en font un personnage toujours d’actualité pour nous autres dudes cultivés et citoyens. Jugez plutôt :

1. Casement a inventé la défense des droits de l’Homme

Les rapports d’Amnesty International sur les tortures et les arrestations arbitraires de toutes les dictatures, les interventions de Human Rights Watch dans les médias contre les crimes de guerre en tous genres, les grandes conventions internationales sur les droits de l’Homme ont tous un point de départ commun : la dénonciation de l’exploitation coloniale du Congo belge, puis de l’Amazonie péruvienne, sous la plume de Roger.

Ce Dublinois devenu diplomate britannique, effaré par la violence et l’esclavagisme des Belges envoyés par le roi Léopold pour extraire un maximum d’ivoire du cœur de l’Afrique à la fin du 19e siècle, avait décidé d’agir. Allié à Edmund Morel, employé d’une entreprise de transport de Liverpool qui a constaté les mêmes dérives dans la compta du commerce entre l’Europe et le Congo, ils lancent une campagne modèle : publication de journaux, lobbying diplomatique, levée de fonds, conférences internationales – il ne manque que les réseaux sociaux.

Au bout de 10 ans d’efforts, ils obtiennent la dissolution de l’État libre du Congo, propriété personnelle du roi des Belges qui organisait l’exploitation du territoire. Comme si cela n’était pas assez, Casement se lance quelques années plus tard dans la dénonciation des abus dans une autre jungle tropicale : celle du Pérou, où les producteurs de caoutchouc exterminent les indigènes. Nouveau succès.

Inévitablement, Roger finit par réaliser que la colonisation de son Irlande natale par les Britanniques ne vaut pas beaucoup mieux. Lui qui a servi la couronne pendant toute sa carrière rejoint les rangs de l’insurrection de 1916 et organise une livraison d’armes depuis l’Allemagne… Pour se faire cueillir par les Anglais dès le débarquement sur une plage du Kerry il y a tout juste 100 ans.

2. Malgré lui, c’était un militant de la cause gay

Une fois Roger arrêté, il faut à la couronne une bonne raison de se débarrasser d’un homme anobli par le roi et ultra populaire pour ses exploits au Congo et au Pérou,.

La déchéance viendra de ses carnets intimes, publiés pour le discréditer. On y découvre une flopée d’aventures homosexuelles, dont on ne saura jamais combien étaient réelles, fantasmées ou ajoutées par l’accusation pour noircir le tableau.

Devenu publiquement indéfendable dans le climat de l’époque, il est pendu pour trahison en août 1916. Avec Oscar Wilde, il fait partie des martyrs homosexuels qui illustreront la discrimination contre cette communauté pour les décennies à venir.

3. C’était un roi du style

La barbe impeccable, la moustache sculptée, les costards choisis associés à des cravates légèrement desserrées pour un look « matez comme je suis à l’aise » : je vous mets au défi de trouver une photo de Roger qui aurait l’air démodée aujourd’hui.

Roger-Casement2

Et son goût du style ne s’arrête pas à l’apparence physique. Poète a ses heures, Casement a aussi convaincu l’opinion publique internationale par la qualité de sa plume, toute en retenue et en minimalisme, qui laisse au lecteur le soin de s’indigner face à la brutalité des faits qu’il décrit.

4. Mario Vargas Llosa lui a consacré un super bouquin

Qui pouvait mieux raconter l’histoire de Roger qu’un prix Nobel de littérature péruvien ? Mario Vargas Llosa l’a fait en 2010 avec Le rêve du Celte, une biographie romancée qui se lit d’un trait.
La campagne de Casement et Morel est également superbement dessinée dans Africa Dreams, la BD de Maryse et Jean-François Charles et Frédéric Bihel sur l’histoire du Congo belge.

casement-bd-africa-dreams

Dans l’épilogue du rêve du Celte, Vargas Llosa écrit : « L’histoire de Roger Casement s’élève, retombe, puis renaît après sa mort comme ces feux d’artifices qui, après s’être envolés et avoir explosé dans la nuit en une pluie d’étoiles et de tonnerre, s’estompent, immobiles, et ressuscitent quelques instants plus tard dans une fanfare de trompettes qui illuminent le ciel de leurs feux. »