Bertrand Cantat & Amor Fati : Ce qui est, est !

On ne fait pas une chronique du premier album solo de Bertrand Cantat à la va-vite. Sorti le 1er Décembre 2017 et très attendu par les fans (dont je fais partie, fallait-il le préciser ?) , on a toujours peur de détester ou d’adorer, surtout d’adorer, et pas de bol… on a adoré.  Après l’accueil réservée à l’interview des Inrocks, on constate que la musique est parfois prise en otage pour cibler l’auteur, très souvent, voire toujours, pour une chose qui n’a aucun rapport avec. Alors soyons concis, je parle de l’album Amor Fati, titre O combien si bien choisit, parce que le destin, il vaut mieux l’aimer et faire avec pour continuer à créer.
Pour ma part c’est la version vynil que j’ai achetée, un double 33 T simple et beau, illustré par les textes et le travail d’un graphiste qui les a écoutés. L’album surprend si on s’attendait à une « suite logique » de Détroit par exemple, ou encore de Noir Désir, mais il n’en est rien. Après les expériences chez Sophocle, les vols de nuit sur un Condor et les horizons de Détroit, l’homme sert un album grandiose, personnel, mais pour nous. On dépèce la bête, vite fait.
Amie nuit :
L’album débute avec un titre où les claviers ou autres moogs nappent l’air qui entoure le texte, à tomber, il se suffit à lui tout seul. Une de ces chansons qu’on a l’impression de connaître depuis des lustres. On aime penser qu’il a écrit ça dans les bras d’une muse habillée en nuit, avec Léo Ferré sur une photo jaunie trônant bizarrement là et faisant mine de le regarder, toujours encourageant. Ici on dénonce ses maux en poésie, on ne dort pas, la journée commence à minuit. L’insomnie vitale chez Cantat, obligée chez Bertrand, ça donne du lourd et j’ai franchement aimé direct, ce titre est dans mon top 3 de façon sûre. Il ouvre superbement l’album, la tracklist c’est important, on est saisit de plein fouet par la douceur du délire et l’impact des mots.
Amor Fati :
Pareil, et ce sera souvent sur quasi tout l’album, on reste sur  du minimaliste, un texte qui aurait pu être chanté ou écrit par Romain Humeau, anyway, l’âme bordelaise est là, à n’en point douter. Encore un texte magnifique, sa devise, Amor Fati en est le titre, pour appuyer l’amour obligé d’un destin qu’on ne choisit pas, son refrain « Ce Qui Est Est » , s’expose en lettres d’or comme un slogan indéniable, sur l’intérieur du sublime vynil.
Une dénonciation ironique, une réponse aux médias dédaigneux, aux individus qui auraient adoré avoir le même talent et qui se noient dans leur jalousie, leur incompréhension du phénomène, parce que Bertrand c’est un ovni, t’as pas encore compris ? Il n’en est pas à tergiverser, ce qui était avant était avant, ce qui est, est, et on y changera rien, alors fermez vos gueules et écoutez, on va vers un troisième titre, et puis le but de cette chronique est d’inciter certains à une écoute attentive, pas à révéler l’entièreté d’un album.
 Silicon Valley :
Le minimal est au maximum sur une intro où la voix de Bertrand susurre un texte qui nous rappelle Sa Majesté à Détroit. Si l’ironie a toujours été une arme, le talent de Cantat c’est d’être Cantat. Pour ceux qui connaissent Chœurs, on sent quelques ambiances, une façon de clamer, sophoclienne.
Pas besoin de s’énerver sur chaque titre, la force des mots propose un accompagnement qui peut se permettre d’être hypnotique, bruité, jamais trop chargé, justement. Alors la voix gravement basse, il enrobe, se love en circonvolutions, et libère un 3 ème texte à l’image de ce qu’il a écrit et continue d’écrire, juste et bien pesé, dénonciateur systématique et systémique. Heureusement,il y en a encore !
Excuse my French :
Là on retrouve une ambiance où Brigitte Fontaine serait à l’aise pour nager, tu parles. Faut oser balancer un texte comme ça, et il le fait avec brio. Bien entendu je ne vais pas être trop obljectif, trop fan, Excuse me frenchs… Mais encore une fois putain de choix de mots, des putains de dinosaures dansent sur des fûts écrasés en hurlant fuck à la gueule du temps perdu et se foutent de ceux qui passent la tête perdue dans les nuages toxiques. Enfin, c’est l’image que j’en ai eu, pas vous
?
L’Angleterre :
Le 1er single que l’on a pu entendre. Alors, soyons clairs une dernière fois, cette chronique n’est pas écrite pour être affublées de commentaires n’ayant rien à voir avec la musique. Il y a assez de cons comme ça, de gros soucis chez les distributeurs, les médias, chez ceux qui vendent, ou ne vendent pas justement, et peu importe, il n’y a rien à y faire, à part se procurer le disque via le site ou chez votre disquaire si il est pas trop con. Bref, ce titre avait été décrié, (je ne vois toujours pas pourquoi), une poésie qui dénonce les conséquences toujours politiques, les cartes, jouées ou pas et cachée dans l’outre-manche, ou chez nous, parce que des cons, il y en a partout.
J’attendrai :
Personnellement, un des titres qui m’a le plus étonné. Ambiance Amadou et Mariam qui peut laisser dubitatif à la première écoute, mais encore une fois, Bertrand te pond un texte juste sublissime, assume un chant ernestinien, (ah ben oui, c’est lui aussi qui avait pondu ce magnifique titre, je suis con !) Cantat dénonce et constate en servant une chanson où l’oreille se laisse bercer par la musique, mais se concentre sur la voix. Il surprend, il sait surprendre, il n’attend rien, il chante, et moi j’ai bien kiffé le délire. Une comptine entêtante, avec ce gout de paix, de sérénité dans la voix. Ouais, top.
Les pluies diluviennes :
Une guitare folk débute cette song, la voix est cohérente avec tout ce qu’on vient d’entendre mais ce titre a un truc en plus. Le refrain tu vas me dire ? Ouais copain. La classe, c’est de savoir écrire des phrases comme ça, qui disent tout en deux secondes. Le temps qu’il m’aura fallu pour être fan de cette putain de chanson ! Là, je n’en dis pas plus, sortez vos parapluies sans les ouvrir et baladez-vous dans le jardin, c’est la meilleure façon de l’écouter.
Anthracitéor :
Le deuxième single qui avait été dévoilé s’inscrit dans la même famille que tout, surprenant. Entre anthracite et or, un chant qui ose encore. En fait, je me dis que le maître mot c’est OSER. Oser être soi. On est entre la « lecture » (je parle de ce style musical CF Condor Live) et, là aussi c’est la classe à Dallas (non Détroit ça rimait pas). Pourquoi ? Parce que cette chanson, sur les 2 premiers tiers, si tu la fais chanter par un mec lambda et ben ça sonne variét’ direc’ mais là, écoute bien, c’est chiadé, torturé, noir et putain de beau. Dans la même veine, deux perfusions.
Chuis con :
Un de mes préférés. Ecrire c’est ça, je réitère mes affirmations, la plume est gigantesque, le style osé. Je parle souvent du style de cet album parce que quand tu fais un album sans penser une seconde à savoir comment plaire aux médias, tu ne fais surtout pas ça. Par contre, pour en foutre plein les yeux des oreilles à tous ceux qui t’aiment et t’écoutent mon Bertrand, c’est tout ce qu’il fallait faire. J’en ris parfois, la gueule des mecs qui cherchent à critiquer ces songs, faut du bagage et surtout une raison de le faire, là c’est beau, novateur, rock et cantesque, gicantesque !
Aujourd’hui :
Allez, on en remet une couche. Le feu des dissidents. Celui-là, il faut l’écouter à plusieurs, faut qu’on en parle, alors donnez vous rendez-vous mais ne vous rendez jamais.
Maybe I
Vous connaissiez ce titre. En effet, dans la BO du film « Les premiers les derniers » Cf Pascal Humbert. Un titre en anglais qui avait sa place dans cet album, ce petit bonus qui clôture Amor Fati est sympa à écouter, après, je préfère la teneur des autres titres, en français, parce que bon, il excelle dans l’écriture le garçon et qui plus outre, la syntaxe est son dada et la voix, son continent, alors merci pour tout ça Monsieur Cantat.
Les premières dates de tournée, livrées ci-dessous,  je suis impatient de revoir Bertrand sur scène aussi, en attendant, j’attendrai.
Walther Gallay 10.12.17
Publicités

Le chanteur de Café Bertrand donnera son unique concert dans les AHP et défendra « Stigmates » sur scène

www.lekfequoi.com

www.walthergallay.com

Programme de la soirée :

Canap Acoustik Trio

Walther Gallay

Café Bertrand

Photo of the Day #détroit #cafebertrand #stigmates par Cédric Janseens

 

Cédric Janseens, Président du Fan Club Belge de Café Bertrand était aux côtés de Détroit à Paris le 14.05 et Bruxelles le 15. Deux places que j’avais en poche, offertes pour mon anniv (avec les Stones en Belgique toujours le 28 Juin !!!) mais je n’ai pu me rendre sur place. Quelle ne fût pas ma joie quand je reçois cette tof de la part de Cédric où Bertrand Cantat me glisse un salut avec 2 beaux disques dans les pognes 😉 ! J’en peux plus de pas voir Détroit en live, les agendas des zicos sont full et c’est pas toujours évident de se rendre sur les lives. J’ai vu 47 fois Noir Désir en concert entre 92 et 2002, j’ai roadé aussi pour ND et enfin ouvert en 1ere partie avec CafB en 93 et 94, 4 fois, inutile de dire l’impatience qui s’empare de moi. J’irai voir un Détroit, après lequel…;)
Bertrand Cantat - Cafb - Stigmates

Stigmates dans le Francofans Spécial 10 Ans Avril/Mai 2014

Walter Gallay – Stigmates, autoproduit, 20014 – Francofans Avril/Mai 2014 -Special 10 ans C’est comme une surprise que l’on reçoit un jour par hasard. Une histoire qui se noue avec des mots que les littéraires nomment poésie. L’album s’avère truffé de références. Mais, qu’importe au fond ? Il suffit de se laisser bercer, de se laisser emporter par la magie dilettante et obscure qui hante cet album remarquable. Le parcours de l’artiste ne se limite pas à ses « Stigmates », pourtant bien à l’ombre d’un Mano Solo et gitan, âme tutélaire de l’album dans « Histoires de gamins ». Les riffs se font légion, comme s’ils étaient rédempteurs. On pourrait associer nombre de références que nous tairons ici-bas. Seul compte le plaisir extrême d’écouter cette voix un tant soi peu éraillée et forcément poétique. La vie n’est pas rectiligne, jamais. Walther nous le dit ici avec brio dans le creux des âmes et dans les vies trépassées.On est juste heureux d’écouter ses mots, ses vagues à l’être et aux destinées incertaines. On aime sans partage et, c’est ce qui fait définitivement envie d’écouter sans partage un artiste qui a du coffre, pas seulement dans sa voix, mais aussi dans son univers que l’on rêve d’explorer au plus profond. Florence Marek